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Les conséquences des violences sexuelles sur la victime mineure

Les conséquences des violences sexuelles sur la victime mineure sont complexes à documenter.
Elles sont multiples et peuvent perdurer tout au cours de la vie avec des effets néfastes sur la santé, l’éducation, l’emploi, les relations à autrui, la condition économique, le rapport à la loi des personnes qui en sont victimes, mais aussi de leurs familles, des communautés et des sociétés.

Conséquences immédiates :

La souffrance vécue par l’enfant est physique mais aussi psychologique.

 

On note souvent un sentiment de honte et l’incapacité pour l’enfant de mettre des mots sur ces violences sexuelles qu’il a subies.

 

Ce domaine de la sexualité qu’il ne connaît pas ne lui permet pas de s'exprimer avec les termes appropriés.

 

Pour autant, il se rend compte que cela n’est pas normal.


La difficulté de s’exprimer est également liée aux liens qu’il a avec son agresseur qu’il connaît dans la plupart des cas (entourage familial proche ou éloigné, entraîneur sportif, autres professionnels…).


Il peut ressentir les effets suivants :


État de choc par incapacité à gérer ce qui lui arrive (P.Levine, 1997).

 

  • Peur

  • Besoin de répéter l'agression dans des jeux

  • Anxiété, nervosité

  • Sentiment de culpabilité

  • Déni

  • Confusion

  • Retrait, isolement

  • Dissociation entre ce qui arrive à son corps et sa vie psychique...
     

Conséquences à moyen et long terme :

Persistance des troubles ci-dessus qui s'organisent pour former un syndrome de stress post-traumatique ou psycho-traumatique.

Le syndrome de stress post-traumatique est un trouble mental réactionnel chronique pouvant survenir après une exposition à un évènement de la vie susceptible d’entraîner la mort ou une blessure grave dont les violences sexuelles.

Dans cette situation, l’expérience de l’évènement reste dissociée, lorsqu’elle est ramenée à la conscience, et l’état dans lequel la personne se retrouve en évoquant l’évènement est également un état dissocié (Janet, 1904 et Van Der Kolk & Fisler, 1995)

Chez les enfants, les symptômes du stress post-traumatique peuvent se manifester de plusieurs façons :

 

  • Détresse face à des stimuli rappelant l’épisode d’agression ou évitement de certains stimuli

  • Impression que l’événement se produit de nouveau

  • Souvenirs répétitifs de l’événement

  • Cauchemars

  • Peurs spécifiques, manifestations phobiques

  • Perte d’intérêt dans des activités ou surinvestissement scolaire

  • Difficultés de concentration

  • Comportements sexuels inadaptés...


Il peut se développer une amnésie totale ou partielle qui va littéralement dissocier l’évènement de la personne de l’enfant pour enfouir ce terrible souvenir.

A ce moment-là, « pour se protéger de la terreur et du stress extrême générés par les violences, le cerveau disjoncte et déconnecte avec les circuits émotionnels et ceux de la mémoire », explique Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie.

Pendant cette période d’amnésie traumatique l’enfant, puis l'adulte, n’aura pas conscience des violences qu’il a subies. Cette amnésie peut durer plusieurs mois voire plusieurs années.

 

 

Conséquences à l’adolescence :

De nouvelles conséquences peuvent se développer pendant cette période de transition si délicate qu’est l’adolescence :

  • Problèmes comportementaux : isolement social, relations familiales, anxiété, peur, méfiance

  • Problèmes psychologiques : idées suicidaires et tentatives de suicides, comportements auto-destructeurs, conduites addictives, symptômes dépressifs ...

  • Problèmes de santé : troubles alimentaires de l'anorexie à la boulimie, troubles du sommeil, somatisations, troubles du système immunitaire ...
     

Conséquences à l’âge adulte :

Les conséquences de l’agression sexuelle pendant l’enfance peuvent perdurer, mais aussi évoluer vers d’autres formes à l’âge adulte.


Si toutes les victimes ne développent pas forcément de symptômes, nombreux sont ceux qui relatent des souffrances inhérentes à cette violence sexuelle subie pendant l’enfance :
 

  • Santé physique et sexuelle (habitudes de vie à risque, drogue, tabac, alcool, maladies et douleurs chroniques, problèmes somatiques, problèmes sexuels, comportements sexuels à risque)

  • Difficultés relationnelles, professionnelles, familiales, conjugales (conflits, difficulté d’attachement, crainte de l’intimité…)

  • Problèmes liés à la parentalité (difficultés relationnelles avec l’enfant, stress parental…)

  • Santé psychologique (problèmes de santé mentale, dépression, anxiété, idées suicidaires…)


La remontée des souvenirs c’est-à-dire la fin de l’amnésie traumatique est un choc d’une extrême violence car l’adulte se trouve confronté au vécu de l’enfant qu’il était et il revit les évènements, les scènes parfois, avec une très nette précision.

 

Le cerveau ouvre la porte à ces souvenirs souvent à la suite d’un déclencheur : psychothérapie, accouchement, visionnage d'un film, séance d’hypnose …

Pour aller plus loin :


Impact des violences sexuelles de l’enfance à l’âge adulte

Rapport d’enquête Mars 2015 publié à l’occasion de la Campagne STOP AU DENI 2015

avec le soutien de l’UNICEF France dans le cadre de l’initiative #ENDViolence

Association mémoire traumatique et victimologie

 
 
 

Le cas particulier des enfants en situation de handicap

 

Les enfants en situation de handicap ont malheureusement plus de risques d’être victimes de violences sexuelles. Leur vulnérabilité peut en faire des proies faciles pour un prédateur. Leur difficultés ou troubles cognitifs peuvent les empêcher d’exprimer leur traumatisme ou tout simplement de le révéler à une personne de confiance. Dans ces conditions, il apparaît comme difficile de porter plainte.

Il est donc important de pouvoir leur apporter des informations accessibles et adaptées pour leur apprendre à dire non, pour gérer la proximité des autres, pour conserver leur intimité et prévenir les proches ou le personnel encadrant.

Les professionnels doivent être particulièrement vigilants, être informés des obligations de transmission d’informations préoccupantes au Conseil Départemental ou de signalement au procureur de la République, connaître leur statut professionnel pour savoir s’ils sont astreints au secret professionnel ou non et dans quel cas ils peuvent s’en affranchir ; lorsqu’ils s’agit d’enfants, qui plus est particulièrement vulnérables, ils ont l’obligation de protéger l’enfant (art 226-14 Code Pénal).

Les institutions accueillant des enfants en situation de handicap doivent veiller à adopter un protocole clair diffusé à tous les professionnels rappelant les responsabilités de chacun dans ce domaine et la chaîne de transmission des informations.

Lien connexe :

Le cas particulier des mineurs isolés

 

Du fait de leur grande précarité, de leur vulnérabilité et souvent parce qu’ils sont non-accompagnés (par une association ou aide sociale), ces mineurs isolés migrants ou non sont souvent enclin à faire de mauvaises rencontres et à être victimes d’agressions sexuelles. Ils peuvent difficilement en faire part à une personne de confiance et ne connaissent pas les procédures à suivre pour porter plainte et être protégés. Ils ont par ailleurs souvent derrière eux, au cours de leur parcours de migration, des expériences de violences sexuelles et d’exploitation des êtres humains qui les ont fragilisés et où leur position de victime n’a jamais été reconnue.

Les professionnels doivent être particulièrement vigilants, être informés des obligations de transmission d’informations préoccupantes au Conseil Départemental ou de signalement au procureur de la République, connaître leur statut professionnel pour savoir s’ils sont astreints au secret professionnel ou non et dans quel cas ils peuvent s’en affranchir ; lorsqu’ils s’agit d’enfants, qui plus est particulièrement vulnérables, ils ont l’obligation de protéger l’enfant (art 226-14 Code Pénal).

Les associations ou organismes s’occupant de jeunes migrants doivent veiller à adopter un protocole clair diffusé à tous les professionnels rappelant les responsabilités de chacun dans ce domaine et la chaine de transmission des informations.

 

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