Communiqué du 18 février 2021

Chers tous,

Depuis ce 17 décembre 2015, date de création de La Parole Libérée, le regard porté sur les violences sexuelles a considérablement évolué, tant dans l'Eglise que sur un registre plus large et global (culturel, républicain, citoyen...).


Pour le cas qui nous concerne en tout premier lieu, à savoir celui de l'Eglise et sa gestion calamiteuse d'une problématique qui s'annonce comme étant systémique, la libération de la parole massive tout en restant toujours juste de ton, a contraint l'église catholique de France à faire son travail de vérité et c'est ainsi que la Commission Indépendante d'Abus Sexuels dans l'Eglise est née.
C'est l'occasion pour nous de vous dire sans détours tout le grand bien que nous pensons de cette commission, après plusieurs années d'observation et d'active collaboration. Jamais en France un travail aussi exhaustif sur la réalité des abus sexuels sur mineurs et leurs conséquences tant humaines que sociétales n’avait été réalisé. A l’heure où nous écrivons ces lignes, nous sommes de ceux qui pensons que ces travaux seront un modèle et une référence mondiale pour les années à venir tant cette autorité a su fournir un travail sérieux et global sur la réalité de ce fléau.
C'est donc avec impatience que nous attendons le rapport de cette commission qui mettra l'Eglise catholique de France face à ses incohérences et les nécessaires réformes attendues avant de pouvoir envisager de recouvrir sa mission initiale.


Sur le registre plus global de la réalité que représentent les violences sexuelles sur mineurs dans notre société au-delà même de l'Eglise, là encore nos institutions républicaines ont été mises sous contrainte face à la libération massive de la parole.
 

Sur un plan plus sociologique, nous avons pu constater une véritable révolution de notre modèle de société, s'appuyant sur les médias pour forcer la prise de conscience et la remise en question. Les récentes évolutions du législateur sont un très net progrès qui doit et va (heureusement et enfin !) nous inviter à porter une réflexion beaucoup plus large et transversale sur la réalité des abus sexuels sur mineurs et les réponses institutionnelles faites. Dans cette expertise grandissante, il ne fait aucun doute que les autorités publiques n'auront pas d'autres choix que de continuer à se remettre en question, à l'image des évolutions du législateur depuis quasiment un demi siècle.
Un tel travail doit être porté dans le cadre d'un projet gouvernemental tant la tâche est importante, prégnante, nécessitant des fonds, et dont les conséquences nous invitent à refonder notre schéma de pensée. Notre législation, notre justice, notre système de prise en charge, notre niveau de formation, l'interaction entre nos différentes institutions répondent-elles vraiment à l'éthique attendue et sont-elles réellement au service de notre idéologie sociétale ?
Ceux qui ont réellement travaillé sur ces sujets en doutent très sérieusement, à la quasi-unanimité, et les évolutions continues et permanentes en témoignent.

Afin d'inviter les autorités publiques à s'engager efficacement dans cette mission, il nous est apparu primordial de restituer l'expertise que nous avions acquise dans un livre blanc intitulé : « Marianne, n'entends-tu pas tes enfants pleurer ? »
Cet ouvrage se veut être un point d'étape permettant de comprendre que la seule façon de répondre correctement à un tel déni de société souffrant de mécanismes complexes (culturels, tabous etc...) passe IMPÉRATIVEMENT par une réflexion globale renseignée et nourrie par la recherche, par des études qui doivent être commandées par le gouvernement et l’élaboration d'une analyse où la question de l'éthique autour de l'enfant doit être centrale.

Heureuse nouvelle (enfin !), il semblerait que ce soit l'ambition de la commission présidée par le Juge des enfants Édouard DURAND dont le labeur sera colossal, et il ne fait aucun doute que ses constats seront d'une horreur et d'une ampleur similaires et comparables à ceux de la CIASE. Ceci nous permet de faire le constat d'observation de l'importance de l'évolution de la prise de conscience relative aux violences sexuelles sur mineurs, toutes institutions confondues.


Nous sommes évidemment très heureux d'avoir pu contribuer à notre niveau à une si grande avancée car nous avons essayé d'incarner un rôle de déclencheur autant que possible au côté d’autres associations, d’autres victimes et de nombreuses âmes de bonne volonté.  Effectivement, nous avons toujours porté la conviction que l'essentiel de la problématique résidait dans la prise de conscience plutôt que dans des réformes éparses et mal motivées.


Ce livre blanc, au-delà de toutes polémiques, grâce à notre expérience et l’aide précieuse de femmes et d’hommes de loi, permet de dresser un état des faits et d’introduire des pistes de réflexion et surtout d’action.  Ceci nous permet de considérer que nous sommes allés au bout de notre engagement et de notre mission initiale. La Parole Libérée s’investit dans une action publique, plus politique et militante que centrée sur l'accompagnement de victimes, visant à déplacer un curseur qui bloquait toute évolution.


Nous sommes intimement convaincus que la société est en train d’évoluer. Mais ce projet de vivre ensemble, en sécurité pour nos enfants, ceux que nous avons été, ne doit pas s’arrêter aux tristes nouvelles médiatisées.  D’autres victimes, par leur courage, leur parole, continuent le combat pour aller au-delà de la simple prise de conscience : celle de l’action et d’un changement profond irréversible. L’énergie, la pression doivent rester permanentes pour éviter tout retour en arrière.


Depuis ce 17 décembre 2015, date de création de La Parole Libérée, le regard porté sur les violences sexuelles a considérablement évolué, nous voulons le croire. Il est l’heure d’appréhender notre histoire sous un autre prisme sans regret ni excès d’optimisme. Rien n’est acquis certes, mais d’autres portent aussi le combat et permettent cette indignation créatrice qui faisait tant défaut à la bien-pensance. 

 

Il est l’heure pour La Parole Libérée, pour nous, de reprendre nos vies, de s’occuper de nos proches, de nos familles, de nos amis, d’être à la hauteur de leurs soutiens indéfectibles et de continuer le combat sous d’autres formes que celle qui nous a tant animée et accaparée avec l’association.  Une expérience riche, douloureuse, qui nous permet avec humilité de dire que vous avez, avec La Parole Libérée, changé le cours de nombreuses vies.


Aujourd’hui, il était important pour nous que les résultats financiers de l'association permettent de contribuer et de développer un système de prise en charge thérapeutique des victimes.  C'est dans ce contexte que nous avons établi un partenariat avec l'association « Stop aux Violences Sexuelles Rhône » présidée par Madame Muguette DINI qui a voué sa vie à cette cause, permettant la mise en place d’un protocole de soins au travers d'ateliers d'escrime.


Notre prochaine assemblée générale prévue fin mars 2021 nous amènera donc à voter un processus de dissolution de l'association définissant « Stop aux Violences Sexuelles Rhône » comme bénéficiaire de nos avoirs financiers, la première association qui nous a tendu la main et accompagnés tout au long de notre parcours.


Nous voulons vous dire combien vous avez été précieux pour nous dans vos soutiens tant financiers que sur un plan moral.


Nous avons œuvré en essayant de rester toujours dignes de votre confiance.
 

Le Bureau